Pourquoi les gens préfèrent aller voir « Juste la Fin du Monde » plutôt qu’un bon film?

Bon, je tiens tout d’abord à préciser que je n’ai rien du tout contre les films de Dolan. J’ai même presque apprécié le dernier Batman.

Plus sérieusement, je pense que Xavier Dolan a un certain talent, qui transparaît notamment dans ses premiers films. Les sujets abordés étaient quelque part novateurs, la découverte de la sexualité, de l’homosexualité, le changement de sexe, tout cela traité de par le prisme de notre rapport à l’autre, pas l’autre qu’on croise dans la rue, cet autre qui nous est proche et qui au final, nous découvre, nous redécouvre.

Dans chaque film, malgré la force du sujet les personnages sont traités avec respect, sans clichés, sans stigmatisation, sans codification; avec passion, sensibilité et beaucoup de poésie.

ça nous change des « Yeux d’Olivier » (oui, j’ai une culture éparse).

Mais abordons le film « Juste la fin du monde ».

Comme tout le monde, j’ai voulu voir à quoi allait ressembler le film dont ce fameux tout le monde parlait. Et je me suis d’ailleurs fait une petite remarque. Tout le monde en parlait mais personne n’en disait rien.

Tout ce que j’entendais c’était que Gaspard Ulliel était un Louis d’or et que le scénario était d’acier.  C’est comme ça que ça marche la promotion, on fait de la pub en disant qu’il faut ab-so-lu-ment aller voir ce film, qu’il faut aller le voir parce que non franchement il FAUT aller le voir, vraiment, c’est l’évènement de la rentrée, si c’est du Dolan c’est forcément bien.

ça m’agace ces goûts qu’on nous impose.

J’suis pas obligée d’aimer un tableau parce que c’est un Picasso. Je dis pas que c’est franchement sans intérêt, je dis « pffffouuuuais ». Vous voyez à quoi j’en suis réduite?

J’peux même pas dire que j’aime pas.

Je me fais chier. J’suis là et je regarde.

Et tout ce que je me dis pendant 1h37 c’est « ouais, bon. »

Et j’suis frustrée. Parce que si j’avais détesté, au moins, j’aurais eu le sentiment d’avoir vécu un truc.

Là, j’ai rien ressenti. C’était plat comme l’encéphalogramme d’une loutre amorphe.

1h38 putain.

Mais je suis quand même allée le voir, on est quand même allés le voir. On a payé 8,60e notre place, pour être assis durant 98minutes dans une salle obscure, et en ressortir en disant « ouais, bon. »

MERDE.

Oui ça m’emmerde d’aller au cinéma et de pas ressentir quoi que ce soit d’autre que « oui, bon. »

Parce que c’était pas une daube, j’ai pas perdu mon temps. Mais c’était pas quelque chose de transcendant. C’était moyen.

MERDE.

Merde parce que Jean-Luc Lagarce a écrit une pièce extrêmement forte. Qui ne mérite pas d’être mise en image par des gens qui nous feront ressentir un « ouais, bon. » Parce que ceux qui n’ont vu que le film ne liront pas cette pièce. Qui aurait envie de se retaper l’histoire, surtout une fois qu’on connaît la fin?

Lisez le livre. Lisez ces mots, ces phrases, sublimes. Imaginez ce type qui retourne chez lui, en sachant qu’il va mourir. Et qui ne sait pas comment le dire. C’est vrai ça, comment on fait? Comment on annonce des choses comme ça? Comment on aborde le sujet? On nous apprend pas ça à l’école.

« _Tiens d’ailleurs en parlant de Jacques Chirac, moi aussi je vais mourir. »

Un peu rude non?

ou

« _tu savais que Mireille avait démissionné?

_non, pas du tout! et toi, tu savais que j’avais le SIDA? »

Tout est dans le titre, ce cynisme inébranlable de Louis.

« Juste la fin du monde »

Rien n’est écrit au hasard chez Lagarce, chaque mot a lieu d’être.

Xavier Dolan ne leur a pas fait honneur. A part un doigt peut-être (cling cling, mon triangle à jeux de mots)

Je n’ai pas eu d’empathie pour le Louis à l’écran. C’est peut-être pour ça que ça n’a pas pris.

Cette phrase par exemple, tirée de l’ouvrage de Jean-Luc Lagarce :

« Je me taisais pour donner l’exemple ».

C’est sublime putain!

Idem dans le long monologue de Louis, qui introduit le huis clos. J’avais envie de me lever dans la salle et de crier « mais, mais..! vous avez entendu? » Je voulais l’entendre, encore et encore. Comprendre. L’imaginer penser chaque syllabe.

Mais tout s’effondre ensuite. J’ai perdu le sens des mots, ils se sont enfouis sous ce faux soap opéra de rivalité frère-soeur-femme frigide-mère dépassée qui prend le dessus.

Je dois trop aimer la littérature, ou le cinéma, ou peut-être même Xavier Dolan qui sait pour accepter sans sourciller cette non émotion passive qu’il ma forcée à ressentir. C’est comme d’avoir une demie molle. ça sert à quoi? Franchement?

Enfin j’dis ça, j’en sais rien. C’est peut-être mieux que rien. Ce qui m’ennuie dans tout ça, c’est que si on se contente de peu, on alimente la médiocrité en un sens. Et vu que je fais partie de ceux qui croient que la passion est la clé du bonheur, je ne peux que me demander si ce genre de créations en demie teinte ne renforcent pas les convictions des gens sur le fait que les artistes se touchent.

Mais après tout, j’étais peut-être de mauvais poil. Peut-être que j’étais déçue de voir les acteurs endosser un rôle qui ne leur va que trop bien. De voir Xavier Dolan qui nous reparle encore et encore de ses thèmes de prédilection. Et surtout de m’imaginer Jean-Luc Lagarce qui d’un ton cynique se dirait : « Dire que je pensais avoir écrit un truc pas trop mal pour une fois. »

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