Grrrraouille

Article du 25/11/2016

Ce matin je me baladais sur les chemins, j’avais envie de dire bonjour à n’importe qui.
Il était beaucoup trop tôt, je n’ai trouvé personne. Cependant j’ai tout de même trouvé de quoi subtiliser mon attention.
Le sublime Johnny Depp trônant fièrement sur l’abribus sous lequel j’étais condamnée à attendre 25 minutes, étant donné que comme je le disais, il n’y avait personne.

RATP : Risque d’Attente Très Probable

SAUVAGE, embrace your inner wild.

 

 


Et là j’me suis dit : comme la vie est bien faite. Chaque fois que j’me demande comment je vais bien pouvoir trouver une nouvelle raison de maugréer, l’univers me l’offre sur un plateau.
Pourquoi tant d’émoi pour une affiche publicitaire ?
Au risque de vous surprendre, c’est bien au plus profond de ma condition féminine qu’elle a provoqué du remous. Mais pas au sens que la majorité d’entre vous l’imagine.
De quoi se nourrit cette affiche ?

sauvage

En misant tout sur l’adjectif SAUVAGE associé à Johnny Depp, il parait évident que la campagne tire la sonnette du référent collectif.

Qui ne semble pourtant alarmer personne.
Si vous avez suivi l’actualité, ou si l’actualité vous a suivis comme elle l’a fait avec acharnement avec moi jusqu’au fin fond de l’Ardèche, vous n’avez pas pu passer à côté de la dernière saga de l’été.

Le scandale Amber Heard.

Ouuuh, ça sonne alléchant.

Sacré tollé.
Pour elle hein, parce que médiatiquement, ce fut tout le contraire.

Johnny Depp a été accusé de violences conjugales auprès de son ex-compagne, Amber Heard. Démenti vigoureusement par son ex-femme, Vanessa Paradis, ainsi que sa fille Lily Rose Depp. Amber Heard voulait de la thune et puis c’est tout.
Décidément tout le monde veut de la thune dans ce monde.
J’entendais une dame il y a peu affirmer « l’argent, c’est le nerf de la guerre et les français ne le comprennent pas »
Si vous voulez mon avis, une bonne section à l’aorte et on en parlerait plus.
Mais après tout, j’suis pas docteur.
La décrédibilisation de la violence subie par les femmes au sein d’un ménage fait partie des vices et coutumes de notre société.
Plus d’une femme sur dix dans le monde en a été victime, c’est-à-dire 10% de la population féminine mondiale, c’est-à-dire plus de 6 millions de personnes.
C’est fou comme l’importance accordée à un pourcentage dépend de son contexte.

10% d’électeurs à convaincre, c’est essentiel !
10% des richesses, c’est énorme!
10% de matière grasse dans un fromage de chèvre industriel, c’est insensé !
10% de femmes ayant subi des violences physiques et/ou à caractère sexuel, oui bon. On sait.
Et oui on sait.
En Inde, le fait de violer une femme n’est que rarement condamné. Oui, on sait. Pays de barbares.
En Arabie Saoudite, les femmes sont méprisées. Oui, on sait. Pays d’arriérés.
En Afrique, elles sont excisées. Oui, on sait. Pays de troglodytes.
En France ? Aux Etats-Unis ? En Allemagne ? Non. Pas chez nous. Faudrait voir à pas tout mélanger.
Dès qu’on les bouscule un peu elles crient au scandale aussi. Je suis pas misogyne mais admettez qu’elles sont sensibles quand même.

Puis après tout, faudrait savoir. On veut qu’il l’embrace ou qu’il l’embrace pas Johnny son inner wild?  Marionnaud le dit, Dior l’a voulu ainsi « entre noblesse et brutalité ».

Je maintiens qu’il reste un sacré tabou dans ce pays. Et on le tient à des décennies de patriarcat.
On donne l’impression que la société a changé, en mieux. On appelle ça l’évolution.
Parce qu’on est passés à une société hypersexualisée, on prétend que la sexualité est abordée librement.
C’est faux.

Donnez-moi un exemple de film où une femme parle de son désir franc et sincère pour un homme, auprès de ses amies, autour d’un verre de vin.
Un exemple où une femme manifeste son attirance sexuelle de manière explicite et honnête envers un homme, sans qu’on y appose un jugement insidieux « ouh, elle aime ça, quelle dévergondée »
Ça n’existe pas. Ou peu. Trop peu.
La sexualité n’a jamais été aussi taboue.

On a deux cas où la femme devient respectable.

Les mères, qui abandonnent toute sexualité le jour où elles choisissent d’enfanter.

(Comparez une pub Mimidou et une pub Guess. Vous comprendrez rapidement où je veux en venir. )

Et les Femmes. Oui des femmes, mais les femmes de qui?

Parce que la femme aussitôt associée à un mâle, devient sacrée.
Là-dessus, tout le monde est d’accord.
On n’y touche pas.
Je vais vous dire, nous on a pas demandé d’être érigées en totem. On vous demande pas de nous aduler, on vous demande juste de nous respecter. Comme vous respectez le boulanger du coin. On demande pas de statut spécifique, on vous demande pas de nous juger sur un plan esthétique, on vous demande pour ainsi dire rien.

Sûrement pas de devenir les vaches sacrées de votre société.
C’est plutôt flatteur non ? De quoi tu te plains ? c’est pas du respect ça ?

Oui, on respecte sa femme comme on respecte un Monet.
Gare à celui qui mettrait ses sales pattes dessus.
ON N’Y TOUCHE PAS.
C’est clair non ?
Qui, quoi, où, quand, comment, pourquoi, je m’en fous le premier qui moufte il dégage.

Mais, est-ce vraiment la femme que l’on respecte au travers de ces discours?

Non. C’est l’homme qui l’accompagne.

On respecte le bien d’autrui.

Pourquoi? Cela fait appel aux passions les plus viles de l’Homme.
L’une d’entre elle étant : la possession.

Personne n’aime se sentir dépossédé de quoi que ce soit.
La propriété, c’est une illusion de pouvoir.
Depuis des siècles on oppose ceux qui possèdent avec ceux qui ne possèdent rien.
On crée une relation de subalterne.
Celui qui ne possède rien est inférieur.

Personne n’aime se sentir déconsidéré. Donc tout le monde cherche à posséder.

Ce n’est d’ailleurs pas anodin si dans de multiples ouvrages il est utilisé le terme « posséder » pour parler de l’acte sexuel.

Et que suscite la possession ?
La convoitise.
On regarde toujours par–dessus la haie pour voir si le voisin a changé sa Kangoo.
« Zut, il a acheté la Smart. Anthracite en plus. Salaud.
Et si je l’essayais ? »
L’interdiction suscite le défi. Les défis c’est comme les pont-levis, y’a aucune gloire à les relever mais on se sent plus rassurés après.

Ce n’est pas la femme qui tente l’homme, c’est l’interdit.

Et là vous vous demandez, mais quel rapport avec Johnny ? Hé bien pure coïncidence ou pied de nez du destin, -ne serait-ce pas un euphémisme ?- hier l’appel de Jacqueline Sauvage pour reconsidération de sa peine a été refusé.
Rappelons le, Mme Sauvage a été accusée de meurtre pour avoir tiré avec une carabine dans le dos de feu son mari. Mari qui la rouait de coup quotidiennement.

Ses filles, ayant subi les mêmes sévices, ont témoigné devant le juge afin de soutenir leur mère qui plaide la légitime défense.
Je ne suis pas juriste, et encore moins avocate, je ne vais donc pas rentrer sur un terrain que je ne connais pas.

Je vais me contenter de trépigner sur le banc de touche, ce que je fais à merveille, et porter des jugements sur la tactique de jeu.
Suite à mes observations, je vous offre mes conclusions.
Le 4-4-2 fonctionne de manière univoque.
Jacqueline Sauvage a écopé de 10 ans de réclusion criminelle.
Johnny Depp, lui, arbore avec fierté son identité de mâle indomptable qui se retrousse les manches pour récupérer les centaines de milliers d’euros amassés en jouant le lot de consolation des abandonnés des transports publics.

Vous sentez ? Ce parfum d’inégalité qui vous pique les yeux ?
Je sais pas vous mais moi, ça me donne la nausée.

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