Ah, ce bon vieux 8 mars.

Hier matin, j’ai reçu un message me souhaitant « Bonne journée ». Jusque-là, pas de quoi s’énerver. Même si, aux yeux d’une certaine partie de la population des internets, depuis que j’ai fait un court métrage dénonçant le viol conjugal je suis de fait devenue une harpie aigrie sautant à la gorge de tous ceux qui tenteraient d’être sympa.

Pourtant, ce sms venait d’un individu de sexe masculin. C’est vous dire si toutes les conditions étaient réunies pour provoquer ma crise d’hystérie matinale. Et pourtant… rien.

En plus, ce « bonne journée » était lui-même suivi d’un smiley qui cligne de l’œil. Enfin c’est ce que j’ai supputé, parce que moi je reçois que des carrés de toutes façons alors bon.

Non, j’ai trouvé ça plutôt sympathique. J’ai retourné les bons vœux à son envoyeur, envoûtée par la beauté du monde et la gentillesse de mes concitoyens.

Dans le bus, j’ai eu la nette impression que le chauffeur insistait sur « bonne journée » plus que d’habitude. En même temps il pleuvait, alors je comprends, c’était pas gagné. C’était un « bonne journée » d’encouragement, pour que je tienne le coup.

Je suis allée chez le buraliste pour acheter le journal, étant hors de France ce week-end j’étais en retard des trois derniers épisodes de FILLON, et lui aussi m’a souhaité une « bien bonne journée, hein ! ».

Le buraliste, pas Fillon.

J’ai regardé autour de moi et j’ai vu qui ornait la première page d’un magazine féminin à la typographie tapageuse

« Madame, aujourd’hui c’est vôtre journée! »

Je suis sortie, perplexe. Ce n’était pourtant pas mon anniversaire. Je vérifiais la date sur le papier recyclé. Non, je n’avais pas été cryogénisée pendant six mois. Zut alors, pourquoi c’était la mienne cette journée ? Quelqu’un me l’avait donnée ? C’était ça le cadeau de Zach pour le secret santa qu’il n’avait « pas encore reçu par la poste » ?

Bof Bof. Ça valait quand même pas le maxi paquet de dragibus que j’avais mis deux heures à trier pour qu’il lui reste plus que les jaunes. Ouais il a de sacrés goûts de chiottes mais il veut pas l’admettre.

J’étais dég.

Qui voudrait un 8 mars pour Noël ? Sérieusement ? Non mais un mercredi en plus !

Je me sentais lésée.

Bon en fait je me suis renseignée et c’était bel et bien un cadeau qu’on nous avait fait, mais à nous toutes, les femmes. Et celui qui croirait bon de citer Julio Iglesias sera envoyé au bûcher. Oui, je suis extrémiste.

On nous l’avait offert comme un cadeau pour se faire pardonner de la vie qu’on nous imposait, qui pour le coup, n’en était pas un.

Le premier 8 mars était en fait un 19 mars, il a été donné en grande pompe à Clara Zetkin, grande militante féministe, au temps où « féministe » n’était pas synonyme d’agent de la Stasi qui se lave pas sous les bras.

Puis le 19 mars s’est transformé en 8, allez savoir pourquoi, peut-être plus doux, plus rond en bouche.

Le sujet n’est pas « suis-je pour ou contre le 8 mars ? » parce que primo, tout le monde s’en fiche pas mal de mon avis sur les questions éthico-sociales et ce peut-être parce que franchement on a tous une tante un peu révolutionnaire un peu coco qui met des chapeaux bariolés et qui fait bien mieux le job que moi. Ensuite, parce que ce n’est pas le sujet, tout simplement.

Je ne vais pas m’ériger contre un symbole, ça n’aurait pas de sens. Là où je peux protester, c’est dans le fait qu’on ait besoin de ce genre de choses pour effleurer du bout des doigts l’illusion d’une égalité. L’espace d’une journée.

On a besoin de quotats de femmes pour établir la parité, on a besoin de lois pour obliger les hommes à nous respecter, on a besoin de journées pour rappeler aux hommes qu’on existe. Je trouve ça plutôt triste.

Alors oui, hier, c’était peut-être ma journée. Notre journée. On aurait dû mettre la femme à l’honneur, leur donner l’opportunité de s’exprimer, retransmettre des documentaires sur les activistes féminines, sur les artistes féminines, sur les intellectuelles féminines, sur les artisans féminines…

Au lieu de ça, vous savez ce qu’on retiendra de cette journée ?

Que le Barça a gagné. Parce que contre une équipe de 11 joueurs payés des millions d’euros pour taper dans une balle en cuir de vachette, on ne peut décemment pas lutter.

Ah, non, on a eu ça aussi :

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Parce qu’on aurait eu tort de s’en priver.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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